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Interview Expat : Kelly à Whitehorse

Interview Expat : Kelly à Whitehorse

Photo de Kelly pour interview sur French Radar - frenchradar.com
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Kelly est une jeune expatriée française amoureuse des grands espaces et c’est tout naturellement au Canada qu’elle a décidé de s’expatrier. Elle partage avec nous son expérience d’expat dans le Yukon à l’extrême Nord-Ouest du pays.

// PRESENTATION

  • Prénom : Kelly
  • Age : 30 ans
  • Situation familiale : En couple
  • Profession : Pigiste
  • Pays et Ville d’origine : France > Évry (91)
  • Pays et ville d’accueil : Canada > Whitehorse
  • Nombre d’années en expatriation : 12 mois (septembre 2017)

// AVANT VOTRE EXPATRIATION

Qu’est-ce qui vous a amené à vous expatrier ?

Illustration d'une ampoule symbolisant une idée

J’ai toujours aimé voyager, partir découvrir de nouvelles cultures et rencontrer des gens. Mon premier « long » voyage, c’était le Burkina Faso : 2 mois pour une mission humanitaire. Puis le 13 août 2009, je m’envolais vers Montréal effectuer un semestre d’études à Polytechnique pour finir mon diplôme d’ingénieur. Après cinq mois à découvrir la ville et ses alentours, je suis tombée amoureuse du Canada, du pays mais aussi de ses habitants et de ses paysages.

Je suis rentrée en France fin janvier 2010, avec l’envie d’y retourner, pour une période beaucoup plus longue. Mais la routine parisienne a finalement repris son cours… Je n’arrivais pas à me sentir bien dans cet environnement ultra-urbain… Après une première réorientation professionnelle (coach sportif), j’ai décidé qu’il était temps que mon projet d’expatriation sorte des cartons !

Les formalités ont-elles été compliquées à remplir ?

Oui et non… La première partie ne dépendait pas vraiment de moi puisque j’ai tenté le Permis Vacance Travail, et disons que j’ai été chanceuse à la loterie du PVT 2016 puisque j’ai été tirée au sort pour présenter ma demande de permis le 11 mai 2016 et ai reçu la réponse définitive le 27 mai ! De là, les préparatifs ont commencé. J’ai cherché pendant une quinzaine de jours un bénévolat au Yukon. J’ai rapidement reçu une réponse positive et j’ai acheté mes billets d’avion dans la foulée. J’avais alors 3 mois pour organiser mon départ. J’ai listé tout ce qu’il y avait à faire, puis petit à petit, j’ai coché : une tonne de paperasse, de nombreuses résiliations de contrats divers et variés, les changements d’adresse, un check-up médical, la vente de la voiture, la recherche d’une banque (en France, comme au Canada) et le choix de mon assurance santé. J’étais presque prête. Restait plus qu’à gérer mon appartement !

// AU COURS DE VOTRE EXPATRIATION

Parliez-vous anglais à votre arrivée ?

Illustration avec un avion en papier et 2 mains

On pense toujours savoir se débrouiller… juste parce qu’en France, on sait dire deux-trois phrases. Quand je suis arrivée ici, je baragouinais un anglais compréhensible mais j’étais loin de parler couramment. Après un an, c’est beaucoup mieux même si je ne me considère toujours pas bilingue. J’ai pris quelques cours, mais j’ai surtout choisi une coloc avec des anglophones. Et puis, ça aide aussi quand ton copain ne parle pas français.

Est-il facile de se loger à Whitehorse ?

C’est un peu le nerf de la guerre ici. Beaucoup plus de demandes que d’offres et des prix qui flambent. Parfois, il va falloir débourser presque $700 par mois, pour une cabine à plus de 20 minutes du centre-ville de Whitehorse, sans électricité et eau courante… C’est vraiment un sujet à anticiper un tant soit peu pour ceux qui veulent venir passer quelques mois ici.

Votre intégration a-t-elle été rapide et vous êtes vous facilement adaptée à votre nouveau pays ?

Je dirais que je me suis rapidement intégrée à un rythme de vie plus relaxe et à la gentillesse des gens ici. J’aime la culture canadienne (j’en avais eu un aperçu à Montréal il y a 8 ans) et j’essaye de l’adopter dans la vie quotidienne, même si des fois, ce n’est pas évident quand on a eu l’habitude de faire quelque chose depuis 30 ans… Comme faire un hug pour dire bonjour au lieu de la bise !!

Avez-vous des amis locaux et quels sont vos conseils pour se lier d’amitié avec eux ?

J’ai rencontré mon copain ici. Cela m’a forcément aidée pour créer des relations avec des locaux. Quand j’étais à Montréal, j’avais expérimenté la difficulté de se lier d’amitié avec des québécois, mais c’est un peu comme partout ailleurs j’imagine, quand tu débarques dans une nouvelle ville.

Mes conseils seraient de vaincre sa timidité et d’aller vers les gens, tout comme s’investir en tant que bénévole dans les organisations d’évènements. On y rencontre souvent des gens qui aiment la même chose que soi (si on choisit l’évènement en fonction de ses passions) et ça fait des connexions… On agrandit son réseau et on arrive finalement à se faire des ami(e)s.

Magnifique paysage enneigé canadien avec un couché de soleil
Coucher de soleil canadien (Yukon)

Fréquentez-vous d’autres expatriés (français ou autre) ?

Deux de mes amis proches sont belges et ont commencé leurs démarches pour la résidence permanente. Je croise aussi d’autres PVTistes rencontrés via mon blog lilysroad.com lorsqu’ils sont de passage au Yukon.

Comment sont perçus nos compatriotes ?

Le Yukon est un tel melting pot de nationalités qu’il est difficile de savoir vraiment ce que les canadiens pensent des français. Au risque de faire cliché, nous sommes en effet perçus comme radins, peu aimables et grands buveurs de vins (et mangeurs de fromage), mais j’ai aussi eu le plaisir d’apprendre que l’on nous imaginait comme ponctuels et honnêtes.

Quels sont les changements dans la vie de tous les jours qui vous ont le plus marqué ?

« No rush »… la vie paisible et relaxe, jamais stressé ou pressé : c’est ce que les yukonnais appellent le Yukon Time ! Apprendre à vivre au jour le jour en arrêtant de planifier tout des mois à l’avance. Modifier mes habitudes alimentaires car qui dit grand nord, dit également moins de choix…

Quels sont les plus et les moins de votre ville et pays d’expatriation ?

Les + : apprendre une nouvelle culture, rencontrer des personnalités authentiques, faire plein d’activités pour la première fois et découvrir un territoire immense avec des possibilités de randonnées infinies.

Les – : être loin de mes proches, ne pas me sentir assez confiante en anglais pour tenter d’exercer mon métier de coach sportif, m’habituer à certaines habitudes canadiennes qui sont à l’opposé de mon éducation.

Totem à Carcross dans le Yukon au Canada - French Radar
Totem au Yukon (Canada)

Pour réussir son intégration, quel est le meilleur conseil que vous puissiez donner aux nouveaux expatriés ?

Oubliez (sans le renier) que vous êtes français et adaptez-vous à la culture locale. Puis, si vous souhaitez vraiment vous installer dans un pays, renseignez-vous bien avant, quitte à aller y passer quelques semaines de vacances pour vous imprégner de l’atmosphère et être sûr que cela vous conviendra.

// VOTRE QUOTIDIEN D’EXPATRIE(E)

Photo de Kelly pour interview sur French Radar - frenchradar.comCôté professionnel, est-il facile de trouver du travail et y-a-t’il beaucoup de différences avec la France ?

Ici, ce sont les compétences personnelles qui comptent, plus que les diplômes et les expériences professionnelles. Les employeurs vous laissent une chance de montrer ce dont vous êtes capable. C’est comme ça que j’ai fini comptable d’ailleurs… On est payé à l’heure et on pointe (même pour les jobs qualifiés), ce qui permet d’avoir des horaires très flexibles !

On a souvent moins de congés (l’équivalent de 2 à 3 semaines) mais on l’accumule tout au long de l’année sous forme de pourcentage d’heures travaillées. Cela permet de prendre des vacances régulièrement et non pas d’attendre au moins un an comme en France. On accumule aussi des heures « maladies », utilisables quand on est malade ou si l’on a besoin de prendre des rendez-vous médicaux pendant nos heures de travail.

Si un jour férié tombe un samedi ou un dimanche, il est reporté au lundi suivant. Ainsi, presque chaque mois, on peut avoir un week-end de trois jours !

Avez-vous conservé vos habitudes alimentaires ?

Pas vraiment… car on ne trouve pas les mêmes produits ici. Et c’est une grande différence avec le Québec ou les autres grandes villes canadiennes quand on vit au Yukon. À part du Boursin et des Babybel, on ne trouve aucun produit français. Puis la viande est chère et pas de très bonne qualité… J’arrive tout de même à manger sainement, pour un coût plus important !

Parlez-nous de l’offre culturelle et des loisirs proches de chez vous.

Même si Whitehorse est petit, il y a un grand esprit de communauté et des événements sont régulièrement organisés. Il y a des choses à faire presque tous les week-ends, entre les festivals, les projections de films et les activités diverses !

Splendide vue sur le montagnes canadiennes.
Montagnes canadiennes

Le système de santé répond-il complètement à vos attentes ?

Pour le peu que j’ai eu à m’en servir jusqu’ici, je dirais oui ! Résidente au Yukon depuis plus de 3 mois, je dispose du même régime santé que les Yukonnais. Mon médecin est remboursé à 100 % et mon assurance santé française couvre les médicaments. Le moyen le plus rapide pour avoir accès à une consultation est d’aller dans une « walk-in clinic ».

Est-ce qu’il est facile de pratiquer du sport dans votre ville/région ?

Il y a de nombreuses installations et associations pour pratiquer divers sports, dont notamment le Centre des Jeux du Canada, un immense complexe sportif avec deux patinoires, une piscine, un spa, deux gymnases et des espaces fitness. En été, le terrain de jeux préférés des Yukonnais reste l’extérieur !

Voyagez-vous dans d’autres pays voisins ?

J’ai fait quelques expéditions en Alaska, à Haines et à Skagway, la partie proche de Whitehorse. Mais ce n’est pas ma priorité de m’aventurer trop loin pour le moment. Il y a tellement de choses à découvrir ici, que je garde les voyages pour plus tard !

Hydravion jaune sur un lac au milieu des montagnes canadiennes.
Hydravion au Yukon (Canada)

Globalement trouvez-vous le niveau de vie plus ou moins cher qu’en France ?

Je pense que c’est légèrement plus élevé au Yukon, par rapport à la France, puisque tout est plus cher : logement, nourriture et vêtements… Loin de tout, les frais de transport pour acheminer les marchandises sont répercutés sur les clients, même si nous sommes chanceux de n’avoir que la taxe fédérale (cad, la TPS de 5 %).

// VOS RACINES

Illustration d'un coq aux couleurs de la FranceVous est-il déjà arrivé d’avoir “le mal du pays” ?

En France, quand j’avais un petit coup de moins bien, il y avait toujours mes ami(e)s ou ma famille pour me réconforter. Alors forcément, dès fois, j’aimerais être proche d’eux et prendre part aux événements marquants de leur vie… Je m’en rends souvent plus compte quand il y a une grosse fête de famille ou un accouchement… Mais je ne regrette pas pour autant mon choix.

Avez-vous conservé des contacts avec la France et à quelle fréquence y retournez-vous ?

Je suis en contact hebdomadairement avec mes parents et mes ami(e)s proches. J’ai eu la chance d’avoir la visite de mes parents au mois de juillet, et mon meilleur ami arrive dans quelques jours pour 2 semaines ! De mon côté, je rentre en France pour Noël.

Malgré la distance, vous sentez-vous toujours concernée par la politique en France ?

Je la suis de loin, forcément. La France reste mon pays et je me tiens au courant de ce qui s’y passe. Mais je me sens moins affectée par les décisions qui peuvent être prises en ce moment. Puis, je commence à m’intéresser davantage à la politique canadienne.

Vie sauvage dans le Yukon au Canada
La faune canadienne

Qu’est-ce qui vous manque le plus de l’hexagone ?

Attention, cliché…. Un bout de fromage avec du bon pain !

// CONCLUSION

Illustration d'un trèfle à quatre feuilles sur fond bleuAvez-vous d’autres projets d’expatriation ?

Par pour le moment, du moins. J’aime vraiment le Canada et si je décide de vivre définitivement dans un autre pays que la France, je ne me vois pas en choisir un autre.

Si vous deviez choisir un tout dernier conseil pour les futurs expatriés français, lequel serait-il ?

S’expatrier, ce n’est pas un eldorado comme on peut le penser. Il y a des avantages et des inconvénients… Après pour moi, ça reste comparable à un parisien qui déménage dans un petit village du centre de la France. C’est le même pays, mais deux façons de vivre complètement différente… Il faut donc avoir la capacité de s’adapter à quelque chose de différent.

Mon tout dernier conseil serait de suivre votre instinct et vos envies sans avoir peur des conséquences et d’un éventuel échec. Tout le monde n’est pas fait pour vivre loin des siens et ce n’est pas un drame ! Mais ne pas tenter l’expérience si c’est un désir profond serait vraiment dommage.

Vous voulez en découvrir encore plus sur le Yukon ?

Découvrez le magnifique reportage “Canada, l’aventure du grand Nord” de l’émission Echappées belles (diffusée sur France 5).

Le Grand Nord canadien, plus précisément le Yukon, est un territoire montagneux, une immensité sauvage couverte d’une forêt boréale. Cette terre d’aventure et d’aventuriers est évoquée par Jack London dans ses romans «L’Appel de la forêt» et «Croc-Blanc». Encore aujourd’hui, les mushers et leurs chiens de traîneaux traversent la région jusqu’à l’Alaska. Jérôme Pitorin part sur la trace de ces héros du Grand Nord dans un bus aménagé, en raquettes, en kite-ski ou encore en moto-neige, le tout par -40° Celsius, invitant à partager son expédition, de Whitehorse jusqu’au parc de Tombstone, en passant par une ville où l’ambiance du Far West règne toujours : Dawson City.

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