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Victoire, expatriée française, le couteau suisse de la food à Los Angeles

Victoire, expatriée française, le couteau suisse de la food à Los Angeles

Portrait de Victoire Loup, expatriée française à Los Angeles (USA)
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S’expatrier et vivre aux Etats-Unis, beaucoup en rêvent. Oui mais une fois sur place, pour “exister”, il faut savoir se distinguer, innover et sortir des sentiers battus.

C’est justement ce qu’a brillamment réussi à faire Victoire Loup, jeune parisienne passionnée par la gastronomie, qui bouleverse depuis quelques années l’une des scènes culinaires les plus vibrantes des USA. Comme nous trouvons toujours passionnant de savoir comment nos compatriotes réussissent à l’étranger, French Radar a interviewé celle qui teste, accompagne, dépoussière et twiste certaines règles établies autour de l’art culinaire. Chaud devant !

Victoire LOUP, critique gastronomique française à Los Angeles (USA)Pour les lecteurs de French Radar qui ne vous connaissent pas encore, qui êtes-vous ?

Je suis critique gastronomique et consultante pour des restaurants, basée à Los Angeles depuis 2015. Je suis un véritable couteau suisse de la food : j’écris des chroniques de restaurants pour différentes publications, je suis juge sur des émissions de télévision, je crée du contenu digital avec des producteurs pour des émissions food, mais surtout, mon coeur de métier est d’accompagner des marques et des restaurants français dans leur implantation aux US. Je les aide de A à Z, ou dans n’importe quelle étape : élaboration du business plan, visa, trouver le local, collaborer avec les architectes, créer le branding, rédiger le menu, lancer la comm, feedback post-ouverture, etc. Je travaille avec mon équipe in-house, ou mets les gens en relation avec des experts en qui j’ai confiance. Mes clients sont divers et variés : Ludo Lefebvre, Mokonuts, Les Nicois, L’Eclair de Génie, Breizh Café, Champagne Pommery, Cartier, Airbnb, Mapstr, S.Pellegrino…

Comment devient-on critique culinaire ? Quel a été votre parcours avant d’en faire votre métier ?

J’ai été formée par Alexandre Cammas, le fondateur du Guide Fooding®, qui est selon moi la meilleure école dans ce métier : personne n’est critique de formation au Fooding®, de nombreux chroniqueurs du Guide ont un métier absolument différent (prof, retraité, étudiant, etc…), ce qui permet de varier les profils et de n’avoir personne qui soit « blasé ». Tout le monde garde un esprit vif, frais, prêt à capter l’air du temps et le goût de l’époque. J’ai commencé chez eux en tant que stagiaire, en parallèle de mes études. Je ne me destinais pas du tout à ce parcours, ayant initialement envisagé de travailler dans les parfums à Grasse, comme toute ma famille depuis des générations.

Assiette avec des toasts et de la salade

La diversité alimentaire est un joyau de Los Angeles !

On dit souvent que toutes les communautés du monde sont représentées à Los Angeles. Quel a été le plus gros choc culturel à votre arrivée en 2015 ? Etait-il alimentaire ?

Le plus grand choc a été l’urbanisme : une ville immense, peuplée de voitures, ce qui entraîne parfois des heures de trafic pour aller tester un restaurant. Mais la diversité alimentaire est un joyau de Los Angeles, comme le montrait si bien le critique Jonathan Gold — et j’encourage d’ailleurs les gens à regarder le documentaire « City of Gold » à ce sujet.

Los Angeles possède l’une des scènes culinaires les plus vibrantes des Etats-Unis. Vous confirmez ?

Absolument, et de plus en plus chaque jour !

Quel est votre regard sur la cuisine aux USA et quelle place tient la cuisine française ?

Difficile d’avoir un regard sur la cuisine d’un pays aussi immense, mais à Los Angeles, les restaurants français ont un statut d’excellence, ce qui peut justifier une gamme de prix plus élevée. Heureusement, certains bistros s’en démarquent, avec un menu plus abordable et des standards moins clichés — comme Papilles, ou Loupiotte Kitchen, l’un de mes projets favoris. Par ailleurs, les meilleures croissants selon moi sont chez Konbi, une dinette japonaise à Echo Park !

Vue panoramique de Los Angeles (USA)
Los Angeles (USA)

En matière de gastronomie, quelles sont les grandes tendances que vous observez actuellement ?

Un retour aux bonnes valeurs, que ce soit vis-à-vis de l’environnement, des employés, ou des clients. Manger plus simple, plus local, plus raisonnablement — sans jamais oublier de se faire plaisir.

Vous êtes à la tête du site In The Loup – Son concept est très intéressant et se démarque des nombreux sites et blogs qui existent sur la toile. Pourquoi avoir décidé de le créer ?

J’étais assez déçue par les médias food à Los Angeles, parlant tous des restaurants qui ouvrent, sans justifier si ça vaut le coup de faire une heure de voiture pour aller le tester. Mais à l’inverse, les excellents bouis-bouis cachés et ouverts depuis quinze ans par des familles venues d’ailleurs, n’attiraient pas les journalistes hormis Jonathan Gold. J’ai voulu faire honneur à tous les restaurants de Los Angeles, avec des chroniques exclusivement positives, sans chercher à faire la courses aux ouvertures avec un ton racoleur tels les journalistes de la presse à scandale.

 La seule question que je me pose est : ai-je envie d’y retourner ? 

Un bon restaurant pour In The Loup c’est quoi ? Quels sont vos principaux critères ?

J’essaie justement de ne pas avoir de critères. Je vais dans un restaurant, en essayant de ne pas y aller seule pour ne pas passer en mode « critique analytique », plutôt en profitant du repas avec des amis. La seule question que je me pose est : ai-je envie d’y retourner ? Compte tenu de l’assiette, du service, du lieu, du rapport qualité-prix… Si c’est oui, je rédige une chronique. Si c’est non, personne n’aura jamais besoin de le savoir.

Assiette avec oeuf, herbes et vegan.

Comment conserver son indépendance dans le milieu de la critique gastronomique souvent accusé de connivence avec les grands restaurants ? Subissez-vous des pressions ou des incitations ?

Soyons francs : je suis toujours flattée d’être invitée par un restaurant ou une agence de presse. Mais je n’accepte que rarement les invitations, car je veux être certaine de pouvoir écrire une chronique en échange — et cela n’est possible que si j’ai déjà testé le restaurant au préalable, indépendamment. Si c’est le cas, je transfère ensuite l’invitation à l’un de mes chroniqueurs, car nous sommes désormais une dizaine à écrire pour In The Loup ! Le petit site a bien grandit.

Article associé à lire : In The Loup / Coups de food et balades culinaires à Los Angeles

Question “piège” : Quel est votre plat préféré et avez-vous un chef qui vous épate ?

C’est comme choisir sa chanson préférée des Beatles… impossible ! J’ai une passion pour le tadihg, tout ce qui est à l’eau de fleur d’oranger, et les figues fraîches avec du fromage de chèvre. Quant aux chefs, j’en admire tellement, mais j’ai une tendresse presque filiale pour Moko et Omar du restaurant Mokonuts, Paris 12.

Pour les expatriés français qui vivent à Los Angeles, est-il facile de s’approvisionner en produits Made in France ? Avez-vous des bons plans et adresses secrètes à nous indiquer ?

Je rapporte du beurre Bordier dans ma valise ! On trouve également de bons produits chez Whole Foods, Monsieur Marcel, ou au Beverly Hills Cheese Store.

Cliente et son plat, à la table d'un restaurant

Pour conclure notre interview, que pouvons-nous vous souhaiter pour l’avenir ?

Que l’équipe d’In The Loup ait toujours faim !


Crédit photo bannière : © Remy Tortosa – 1817 Creatives


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