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Interview Expat – Sophie Landrieux, auteure du livre : “L’invitation américaine”

Interview Expat - Sophie Landrieux, auteure du livre : “L'invitation américaine”

Etudiants américains en haut d'une montagne avec coucher de soleil. Portrait de Sophie Landrieux
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Sur fond de tensions raciales, de harcèlement sexuel et de pressions administratives et budgétaires, “L’invitation américaine” est un roman d’amour qui offre une plongée saisissante dans le monde universitaire américain d’aujourd’hui, la vie en expatriation et l’œuvre de Chateaubriand.

Un roman fascinant dans lequel vous êtes transporté dans l’Est américain : Baltimore, Philadelphie, Boston, Lexington, Hartford, New York…! Rencontre avec l’auteure, Sophie Landrieux, universitaire française expatriée aux Etats-Unis depuis 2008, qui nous présente son premier roman.

Portrait de Sophie LandrieuxPour les lecteurs de French Radar qui ne vous connaissent pas encore, qui êtes-vous ?

Tout comme l’héroïne de mon roman, Marianne, je suis une universitaire française. J’habite depuis 2008 aux Etats-Unis. J’ai vécu tout près de Chicago et vis désormais à Atlanta.

Je profite aujourd’hui de mon expatriation pour me consacrer à l’écriture. Peut-être ne devrais-je pas utiliser le terme expatriation, car je suis devenue américaine cette année…

Comment vous est venue l’idée de ce roman « L’invitation américaine » ?

Je souhaitais écrire un roman sur une universitaire française qui se retrouverait plongée dans le système américain. Il me fallait un prétexte pour l’envoyer aux Etats-Unis. J’ai donc réfléchi à un sujet de recherche et pensé que retracer les pas de Chateaubriand dans son Voyage en Amérique permettait de créer une structure spatiale pour mon roman.

Mon héroïne découvre de nombreuses villes, comme Baltimore, Philadelphie, Boston, Lexington, Hartford, New York… L’illustration de la page de couverture créée par Carolyn H. Lohman permet de visualiser ces villes.

Ce roman est ainsi une invitation au voyage dans l’Est américain.

C’est votre premier roman. Quelle était votre expérience de l’écriture avant cela ?

J’écris depuis l’enfance : des poèmes, des nouvelles, des pièces de théâtre… En tant que Maître de Conférences à Paris 1Panthéon-Sorbonne, j’ai publié plusieurs manuels de gestion aux éditions Gualino.

Mon expatriation aux Etats-Unis m’a également inspiré un essai intitulé Chroniques de l’Amérique au quotidien publié aux éditions Phénix d’Azur et sur amazon pour la version électronique.

Il n’y a de vieux en Amérique que les bois, enfants de la terre, et la liberté, mère de toute société humaine : cela vaut bien des monuments et des aïeux.

Voyage en Amérique, Chateaubriand
La statue en pierre de Chateaubriand
Photo : Statue de Chateaubriand

Vous vivez depuis de nombreuses années dans l’Est américain, est-ce Chateaubriand (que nous retrouvons dans le roman) qui vous a donné le goût de l’Amérique ?

Non, mon goût pour l’Amérique est antérieur à ma découverte de l’ouvrage Voyage en Amérique de Chateaubriand. Qui n’a pas rêvé un jour de visiter les Etats-Unis ou de s’y installer ? J’ai probablement été définitivement conquise par les Etats-Unis quand je suis partie avec des amis et mon cousin visiter le grand Ouest américain en 1999. Un tel voyage demeure inoubliable.

Couverture du livre : l'Invitation américaineCe roman, est-ce une fiction totale, ou tirée de faits réels ? Et Marianne, est-ce vous ?

Ce roman est une fiction ce qui est source d’une grande liberté d’écriture. Néanmoins, il est nourri par mes expériences. Le cadre spatio-temporel du roman s’appuie sur ma connaissance des milieux universitaires français et américains, ainsi que sur ma vie en expatriation.

Je suis toutefois bien loin d’être Marianne qui est une jeune célibataire avec un brillant avenir professionnel. Ma vie de maman est fort différente de la sienne ! Cependant, tout comme Marianne, j’habite à Atlanta et suis passionnée par les livres.

Ce roman est aussi, à certains égards, une déclaration d’amour pour ma ville d’adoption, Atlanta. Par exemple, le chapitre 17 Snowmaggedon s’inspire de la tempête de neige de 2014 qui a complètement paralysé la ville.


// UN EXTRAIT DU CHAPITRE : SNOWMAGGEDON //

Dehors, la tempête Leon s’était abattue sur la ville. Au début, les flocons de neige virevoltaient délicatement avant de tomber sur la chaussée, mais en l’espace de quelques heures, une furie blanche s’était emparée des rues. Marianne, bien au chaud dans son appartement, une tasse de thé vert à la main, regardait avec étonnement ce spectacle. Peachtree, cette grande artère, semblait à l’arrêt, de longues files ininterrompues de voitures s’étaient progressivement figées, formant un animal fantastique à la fourrure d’un blanc de neige et aux mille yeux rouges et jaunes étincelants. Une nuit épaisse était tombée d’un seul coup. Quelques rares passants, à la démarche hésitante mais pressée, tentaient maladroitement de se protéger de la neige avec un parapluie. Leurs chaussures inadaptées les faisaient glisser – drôles de pas de danse maladroits. D’autres attendaient en vain un bus.

Son téléphone portable vibra. Un SMS laconique : « Vol annulé, je t’appellerai quand j’aurai plus d’infos. » (…)

Marianne, déçue, alluma la télévision. Des images apocalyptiques envahirent son écran. Ce qu’elle voyait de sa fenêtre n’était rien comparé aux milliers de conducteurs bloqués sur les autoroutes avoisinantes. Dans toute la Géorgie, plus d’une dizaine de milliers d’écoliers de tous âges s’apprêtaient à passer la nuit dans des dortoirs improvisés : gymnases, cantines ou salles de classe. Plus aucun avion ne décollait de Hartsfield-Jackson, ni n’atterrissait. Penaud, le Gouverneur décréta enfin l’état d’urgence, égrenant un chapelet de mesures bienvenues, mais tardives : fermeture des écoles et administrations, Garde Nationale appelée en renfort, restriction de la circulation. Les consignes étaient claires ; il fallait rester chez soi. On ne plaisantait pas avec la neige, cet ennemi dans le Sud d’autant plus dangereux qu’il s’y faisait rare.


Comment décririez-vous votre style d’écriture ?

Limpide et poétique à la fois ? J’espère que mes lecteurs seront d’accord avec cette description.

Marianne, universitaire française aux Etats-Unis

L’Amérique que vous vivez au quotidien en 2019, est-elle différente de celle que vous avez connu à votre arrivée il y a plus de 10 ans ?

Très différente ! En 2008, la crise économique a profondément touché les Etats-Unis. Le marché immobilier, l’emploi, la bourse, tous les indicateurs étaient dans le rouge. Aujourd’hui, la situation n’est nullement comparable. Il suffit de regarder autour de soi pour voir des chantiers de construction. Il est moins difficile de retrouver un emploi. Le dynamisme est palpable. Tout est reparti.

Ce qui me frappe aussi depuis la dernière campagne présidentielle est le fait que les divisions semblent plus marquées au sein de la population. J’ai été étonnée par le fait que beaucoup de personnes parlent de politique et souhaitent discuter de leurs opinions et les justifier. Je n’avais pas du tout ressenti cela auparavant. Je crois qu’il existe un réveil des consciences politiques dans la société américaine. Il faut dire qu’on se lève tous les matins en se demandant quel est le dernier tweet d’une certaine personne… C’est parfois angoissant.

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Quel(s) conseil(s) pourriez-vous donner à un futur expatrié qui travaille sur un projet d’expatriation aux USA ?

Un projet d’expatriation demande beaucoup de travail justement. S’agit-il d’un projet individuel, de couple ou de famille, d’une mutation ou d’une création d’entreprise ? Il y a énormément d’aspects à prendre en compte qui varient en fonction du projet, et notamment tous les aspects techniques relatifs à l’immigration, la protection sociale, les impôts, le droit du travail, la scolarisation… Contrairement à certaines idées reçues, il y a beaucoup de bureaucratie aux Etats-Unis. L’expatriation n’est pas toujours glamour.

Un projet d’expatriation requiert à la fois de l’anticipation et de la flexibilité, car les imprévus ne manqueront pas.

Le mode de vie américain est aussi très différent du mode de vie français. On ressent vraiment un choc culturel quand on s’installe aux Etats-Unis. Mon essai Chroniques de l’Amérique au quotidien évoque justement ces différences culturelles en matière d’éducation des enfants, de fêtes, d’habitudes alimentaires…

D’un autre côté, si l’envie et l’opportunité se présentent, foncez ! L’expatriation est une expérience de vie incroyable, quel que soit le pays.

Après la promotion de ce premier livre, avez-vous d’autres projets en tête et que pouvons-nous vous souhaiter ?

De la chance pour que mon roman rencontre son public et beaucoup de persévérance pour achever mon deuxième roman.

Statue de la liberté

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