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Interview Expat : Kévin, responsable RH français sur navire de croisière

Interview Expat : Kévin, responsable RH français sur navire de croisière

Categories : Interview Expats | USA | Voyages
Interview expat de Kévin, responsable RH en mer
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Rencontre avec Kévin qui nous présente son métier et sa vie en expatriation dans un environnement unique souvent peu connu.

Destinations exotiques et mers lointaines, les croisières à travers le monde font beaucoup rêver. Mais qu’en est-il dans les coulisses quand on est en mer 24h/24, 7j/7 durant des mois et que l’on est responsable de 1.500 membres d’équipage ? Pour en savoir plus, French Radar à rencontré Kévin, un expatrié français au moral d’acier, passionné par sa profession et par cette vie si particulière au milieu des océans. Embarquement immédiat pour le grand large !

Kevin souriant danse avec Minnie Mouse de DisneyBonjour Kevin, pour les lecteurs de French Radar qui ne vous connaissent pas encore, qui êtes-vous ?

Bonjour, je suis Kévin, 28 ans, originaire des Yvelines en région parisienne. Actuellement basé en Floride, j’exerce le métier de Responsable RH sur un navire de croisière. J’aime tout particulièrement voyager. J’ai débuté mes aventures autour du monde dès que j’ai commencé à recevoir mes premiers salaires.

Cette passion pour les voyages a éveillé mes désirs d’expatriation et de vie à l’étranger à 100%, et non pas uniquement quelques semaines dans le cadre de vacances.

J’ai donc “quitté” la France en 2016 pour Dublin (Irlande) puis pour Cardiff (Pays de Galles). Aujourd’hui, je vais là où mon navire m’emmène. Un vrai citoyen du Monde, sans attache !

Pouvez-vous retracer les grandes lignes du parcours qui vous ont orientées vers la profession de Responsable RH ?

Tout en suivant mes études en apprentissage, j’ai débuté en tant qu’Assistant RH pour une entreprise de restauration collective en région parisienne. J’y suis resté presque 6 années et ai terminé cette expérience en occupant le poste de Chargé RH.

Je me suis ensuite expatrié en République d’Irlande pour y apprendre l’anglais. En seulement 6 mois, mes efforts ont payé et j’ai décroché un emploi au Royaume-Uni dans une entreprise aéronautique. J’assurais le poste de HRBP (Human Resource Business Partners – Responsable RH) avec des collaborateurs répartis entre le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne. Une première expérience internationale qui m’a permis de beaucoup voyager, pratiquer la langue anglaise en milieu professionnel et de naviguer entre différentes cultures.

Après 2 ans, je me suis orienté vers le métier de Responsable RH en mer que j’occupe toujours aujourd’hui.

D’où vous est venue votre passion pour les ressources humaines et votre volonté d’exercer à l’étranger ?

Je pense que la passion pour les ressources humaines vient avec le temps. C’est rarement un métier dont on rêve quand on est enfant.

Le système français nous oblige à prendre une décision vers 16-17 ans pour nous orienter vers les différentes sections de l’éducation nationale. A ce moment là, il m’était personnellement difficile de prendre une décision car les métiers dont je rêvais ne m’étaient pas accessibles. Fort heureusement, suite à plusieurs tests de personnalité organisés par une fantastique conseillère d’orientation, m’ont orientés vers un métier de “communicant” où l’être humain est au coeur de l’expérience professionnelle.

Progressivement, suite aux cours du lycée, de l’école et de l’université, et avec mes différentes expériences, j’ai découvert que le métier des RH était extrêmement large. La routine étant presque impossible. Surtout lorsque l’on travaille avec de multiples personnalités. Il n’y en fait pas de solution unique pour chaque problème rencontré.

Aujourd’hui, je dois constamment m’adapter à mon public et à la situation. Chaque collaborateur m’offre un challenge. L’effort est constant car je me dois d’apporter le même niveau pour chaque personne.

Les enquêtes et investigations que nous réalisons apportent aussi leur lot de réflexion. Chaque journée est unique et imprévisible en RH !

Je n’étais pas satisfait du niveau des RH en France

J’ai décidé d’exercer à l’étranger car je n’étais pas satisfait du niveau des RH en France, et de l’image que le public a de cette profession. J’ai donc terminé mes études aux Etats-Unis où la vision RH était très différente. Je souhaitais avoir cette expérience pour pouvoir comparer avec mon expérience française. Je dois dire que je ne suis pas déçu. Je constate que le Royaume-Uni, l’Irlande et les Etats-Unis sont beaucoup plus exigeants avec les professionnels RH tout en encadrant mieux cette profession. Par conséquent, les RH sont passionnés et expérimentés avec le même niveau de connaissance.

Plus précisément, en quoi consiste votre métier et quelles sont les qualités requises pour ce type de profession ?

Ma réponse va être très particulière et peut-être surprendre certains de vos lecteurs. Le Responsable RH à bord d’un navire et le Responsable RH que l’on connait, assis à son bureau dans sa grande tour de verre, sont totalement différents.

Aujourd’hui, je suis responsable de la sécurité, de la sûreté, de la carrière et du bien-être de 1.500 membres d’équipage.

Je m’occupe essentiellement des relations sociales (gestion des conflits, respect des normes, procédures et politiques d’entreprises, respect des lois maritimes, enquêtes et investigations, etc.).

Je suis également en charge du développement des carrières à bord, du recrutement interne, du conseil aux salariés, etc. Je délivre certaines formations en management et politiques RH.

Le management des responsables d’équipe est aussi une activité bien chargée. Je développe leurs compétences et fait en sorte qu’ils évoluent dans les meilleures conditions.

Je gère aussi le bien-être des membres d’équipage : conditions des cabines, cantines, salle de gym, espaces détente, etc. Les activités doivent être organisées et surtout diversifiées afin que l’équipage s’occupe et se change les idées.

Je prends en charge quelques projets d’entreprise afin de faire évoluer la flotte.

Enfin, dépendant de mon environnement de travail unique, j’assure des fonctions d’évacuation en cas d’abandon forcée du navire. Toutes les semaines, je dois m’exercer et être prêt pour chaque situation. En ce moment, je suis responsable d’un bateau de sauvetage ainsi que la distribution des gilets de sauvetage pour la partie tribord du navire. Mon bateau est l’un des derniers à quitter le navire.

Pour être Responsable RH en mer, il faut une solide expérience de généraliste RH acquise à terre. J’insiste sur le généraliste car, à bord, on intervient à de nombreux niveaux : Paie, recrutement, formation, relations sociales… Il est également important d’avoir été confronté à des cas complexes car les cas à bord sont uniques et sont nettement plus difficiles à traiter qu’à terre. Il faut avoir un bon bagage et un mental en béton.
La joie de vivre est primordiale aussi. Travailler 14 heures par jour, 7j/7 pendant plusieurs mois prédispose à la dépression. Il faut être vigilant, apprécier chaque petit bonheur et s’amuser dès que l’on peut. Notamment en tant que RH car nous déployons cette joie à l’ensemble de l’équipage.

Il faut ensuite être ferme et irréprochable. Je ne suis pas seulement Responsable RH, je suis Officier de la Marine Marchande. L’équipage me doit obéissance et respect. En cas d’urgence, je représente l’équipe de commandement et l’équipage, et les clients passagers comptent sur moi pour assurer leur sécurité. Ils doivent donc avoir confiance en moi dans n’importe quelle situation.

Enfin, je dirais qu’il faut aussi avoir toutes les qualités d’un bon RH. De l’empathie et de l’écoute. Bon nombre de salariés se présenteront aux RH à la recherche de conseils ou juste pour partager leurs difficultés.

Kévin, responsable RH français à bord d'un navire de croisière
Kévin, Responsable RH en mer et Officier de la Marine Marchande

En quoi le management RH britannique est différent de celui que l’on trouve en France ?

Equité et impartialité.

Les Britanniques se veulent être équitable. Chaque salarié est écouté et chaque solution est partagée avant de prendre une décision. Je retrouve d’ailleurs ce fonctionnement aux Etats-Unis. Un RH ne prendra pas seul une décision lorsque l’avenir d’un salarié est en jeu. On partage nos avis afin de prendre la meilleure décision.

Toutefois, les RH n’ont pas non plus peur de prendre les décisions les plus difficiles et d’affronter les syndicats.

Vous avez la particularité d’exercer sur un navire de croisière. Avec des membres d’équipage qui vivent et travaillent sur le navire 24h/24, 7j/7 durant des mois, la partie “Relations Sociales” doit représenter une part conséquente de votre métier. Qu’en est-il ?

Absolument. La gestion des relations entre employés et les relations employés/managers est ma priorité, et c’est justement mon activité principale.

Comme vous l’avez souligné, nous vivons et travaillons 24h/24, 7j/7 pendant des mois sur ce navire. Je vais rajouter que nous sommes également éloignés de nos familles et amis pendant cette période et que nos pieds ne foulent pas la terre ferme pendant des jours voire même des semaines. Je complète aussi que les 35 heures n’existent pas dans les lois maritimes internationales.

Loin de ses proches, une personne peut vite devenir tendue et agressive

Il est important de se rendre compte que ces facteurs créent un environnement de travail unique et très particulier. La pression est intense et les tensions grimpent aisément entre membres d’équipage. Un simple problème entre 2 colocataires peut se transformer en grave conflit avec violences physiques et morales. Les membres d’équipage vivent ensemble, sans jamais avoir de moment à eux. Ils dorment en colocation, mangent ensemble, vont au bar ensemble, travaillent ensemble, se retrouvent aux ports ensemble, font leur lessive ensemble, etc. Loin de ses proches, une personne peut vite devenir plus tendue et agressive.

Mon travail sera de désamorcer les conflits au plus vite avant que cela s’aggrave. En réglant les problèmes ou en les détectant moi-même avant que les marins se rendent compte du conflit latent.

Les problèmes peuvent aller du plus simple comme deux colocataires qui se disputent pour une histoire de télévision ou de stockage dans la cabine, aux situations les plus délicates comme une agression sexuelle ou une tentative de suicide. Dois-je rappeler le mental inébranlable du RH ?

Je fais aussi face aux nombreux soucis entre générations, ou les traditionnels conflits entre salariés et managers.

Travailler sur un navire de croisière est définitivement une aventure incroyable qui plaira aux expatriés en recherche d’une expérience unique, insolite et incroyable.

Quels sont les principaux conseils que vous donneriez-vous aux francophones, séduits par votre univers de travail, qui voudraient eux aussi avoir une expérience sur un navire ?

Premièrement, je dirai qu’il ne faut pas prendre ce projet à la légère. Cette expérience est fantastique. Le salaire est excellent, les membres d’équipage sont très solidaires et nombreux seront ceux qui deviendront des amis à vie. On voyage gratuitement et visite de très nombreux endroits, certains inaccessibles par route. On en prend plein la vue et on grandit professionnellement et personnellement à une vitesse impressionnante.

Toutefois, la vie en mer est difficile. Je recommande fortement de prendre un emploi dans l’hôtellerie/restauration et de tester les horaires décalés et le travail le weekend pour se faire une première idée.

Ensuite, un conseil basique mais essentiel : la langue anglaise se doit d’être maîtrisée.

Je conseille également de faire un maximum de recherches sur Internet. Nombreux sont les marins qui racontent leur quotidien. On trouve de très nombreux avis. Il faut faire la part des choses car chaque expérience est unique, mais ce travail de recherche est très important.

Du coup, oui, bien évidemment, je suis ouvert à toutes les questions et serai ravi de partager mon expérience en détails avec les lecteurs de French Radar.

Travailler sur un navire de croisière est définitivement une aventure incroyable qui plaira aux expatriés en recherche d’une expérience unique, insolite et incroyable. L’expérience humaine est inégalable et la soif de voyage est totalement rassasiée.

J’ai grandi en région parisienne, bien loin de la mer, mais ce mode de vie m’a conquis. Il faut y croire et y aller à fond. Comme tout projet de vie finalement.

Concrètement, ce projet de vie d’expatrié en mer a-t-il été facile à mettre en place ?

Oh non ! Devenir marin n’est pas chose aisée. Tout simplement à cause de l’environnement de travail et de vie qui reste unique. J’ai fait face à de nombreux refus de la part d’entreprises. J’ai directement postulé sur un poste de Responsable, donc un statut d’Officier. J’ai dû prouver que mes capacités et mes expériences étaient suffisantes pour assumer ce rôle. Sans expérience maritime, les entreprises prennent de gros risques en recrutant un jeune Officier sur ce type de poste-clé.

Les tests psychologiques et physiques sont aussi intenses. Impossible d’embarquer sans un mental d’acier et une parfaite santé pour des raisons bien évidentes.

D’un point de vue personnel, j’ai aussi dû déménager de Cardiff et revenir en France en stockant mes affaires chez mes parents. Il n’était pas bien utile de garder une location alors que je suis en mer 8 mois par an.

Mais je me suis accroché. J’y suis allé étape par étape sans jamais me laisser submerger par les nombreuses tâches administratives à réaliser en peu de temps : passeport, visa de marin, visite médicale, entretiens d’embauche, tests, déménagement, etc.

La pression est énorme, mais la motivation est si puissante que le projet devient réalisable.

Navire de croisière en mer
Navire de croisière en mer

Après 47 ans de vie commune, le 31 janvier dernier le Royaume-Uni est donc sorti de l’Union européenne. Avez-vous un avis concernant cette rupture ? En tant qu’expatrié français, avez-vous fait votre demande de « settled status »?

Le Brexit fut partie intégrante de mon expérience professionnelle au Royaume-Uni. Beaucoup de mes collaborateurs étaient britanniques vivant en France et français vivant au Royaume-Uni. Beaucoup cherchaient des réponses et étaient très inquiets du futur, professionnel et personnel.

Cette décision de quitter l’UE m’a personnellement attristé. Je ne la comprends pas. La grande majorité de mes contacts ne l’ont pas approuvé non plus. Je vivais et travaillais dans les grandes villes, là où la mondialisation est vitale et les étrangers sont accueillis les bras ouverts. C’est principalement dans les campagnes que le Brexit fut voté.
Ce projet a divisé les britanniques et je ne serais pas surpris que certains pays, notamment l’Ecosse et l’Irlande du Nord, décident de faire bande à part.

Je me sens très proche de la population britannique et le Brexit ne changera pas l’amitié profonde que les français et les britanniques se portent. Cela ne fera que créer de nouvelles blagues à se partager !

Je n’ai, pour ma part, fait aucune demande car j’ai pris la décision de rentrer en France un an et demi avant la date officielle de sortie de l’UE. Je m’étais bien sûr renseigné et suivait les actualités de très près. Je savais que je pouvais faire la demande de rester si je le souhaitais.

Plus personnellement, vous avez une belle passion pour la photographie. Votre métier vous permet de voyager à travers le monde, cela doit être particulièrement inspirant. Qu’aimez-vous photographier ?

Rien ne vaut un magnifique coucher de soleil sur l’horizon, mais aussi les calmes montagnes d’Alaska.

Je ne suis pas vraiment orienté portrait, et préfère davantage photographier les paysages. Je trouve ce genre de photos plus naturelles. Un paysage raconte une histoire. Et ma vie étant mouvementée, je suis toujours à la recherche de paysages calmes et reposants. Je suis capable de rester devant la même vue durant des heures si je ne suis pas totalement satisfait de la lumière. Je visualise toujours la photo que je veux dans mon esprit. Alors si je vois quelque chose de magnifique devant mes yeux mais que cela ne reflète pas la beauté espérée, je ne prendrais pas la peine de sortir mon reflex.

Vous avez un blog personnel bilingue anglais-français nommé “Away With Your Fairies”. Pouvez-vous nous en parler et comment y accéder ?

J’ai commencé il y a un peu plus d’un an à raconter mes histoires d’expatriation. Tout d’abord, j’ai vécu un enfer en Irlande avec une arrivée au Royaume-Uni difficile, pour ensuite devenir une expérience incroyable. Et puis, actuellement, mon expérience en mer est le sujet idéal pour raconter quelque chose d’un peu mystérieux.
Mon souhait est de partager ces expériences. En toute transparence. C’est ma ligne de conduite.

Lorsque je voulais m’expatrier pour la première fois, j’ai fait énormément de recherches. Et je me suis rendu compte que la plupart des français adoraient le Canada, la Nouvelle-Zélande, les Etats-Unis,  et l’Australie. Mais il était assez difficile de trouver d’autres histoires avec d’autres destinations. Les histoires devenaient similaires et je faisais vite le tour. Tous racontaient plus ou moins les mêmes choses. Et j’ai aussi découvert que les expériences étaient positives. Toutes.

Mais alors qu’en est-il des difficultés et des échecs ? Je sais que les Français vivent mal l’échec et se referment dans la honte et le silence quand ils n’atteignent pas leurs objectifs. Alors je me suis dit que j’allais le faire. Raconter mes difficultés. Mes soucis. Mais aussi mes joies et mes notes positives. Dans le seul but de préparer au mieux les futurs expatriés. De leur donner envie sans leur mentir.

Je sais que l’ère d’aujourd’hui est de communiquer via vidéo sur Youtube. Toutefois, je sais aussi que de nombreuses personnes préfèrent lire sans forcément voir quelqu’un filmer ses vacances ou alors se filmer tout en racontant son expatriation. C’est en tout cas pour l’instant un canal différent qui me correspond parfaitement.

Pour terminer notre interview, quels sont vos projets et que pouvons-nous vous souhaiter ?

Je souhaite rester en mer où la vie est tellement passionnante. Les hommes et femmes présents à bord sont des amis très proches qui font désormais intégralement partie de ma vie. Ils me sont indispensables.

Il me semble impossible aujourd’hui de me retrouver enfermé dans un bureau sur terre.

Je vais aussi me rapprocher de l’entité française de mon entreprise de croisière, afin de partager mon expérience avec davantage de personnes, et aider au recrutement sur les navires.

Je vais bien entendu continuer à développer mon blog. J’espère un jour avoir le temps de finir de raconter mon expérience à Cardiff. Et je vais bien évidemment continuer à raconter ma vie à bord. Je n’ai pas encore abordé la moitié des centres d’intérêt de ce mode de vie !

Je compte également ouvrir une chaîne Youtube pour partager mes expériences avec toujours plus de public.

Enfin, dernièrement j’ai décidé de créer avec des amis, une entreprise sur le mécénat de compétences en France.

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